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Par Lusiana Windu



III

Apres cette deuxième danse dans les bras de mon maitre, un jeune alderaanien m'invita. Puis ce fut un autre. Mais je ne trouvais pas auprès d'eux le même émoi qu'auprès de Qui-Gon. Je mis cela sur le compte de la complicité qui nous liait. A plusieurs reprise, alors que je dansais, je croisais son regard. Au bout de quelques minutes, je m'aperçus que Qui-Gon ne me quittait plus des yeux. Je crus même déceler chez lui une lueur d'agacement. Mais en même temps, son regard intensément bleu m'enveloppait dans une tendresse infinie. J'avais l'impression qu'il avait beaucoup de choses à me dire. Mais je ne pouvais ni les entendre ni les comprendre. Ce qui m'agaça surtout c'était que le trouble qu'il cherchait à me dissimuler me paraissait au moins aussi profond que celui que j'éprouvais. Tantôt c'était lui qui fuyait mon regard, tantôt c'était moi qui fuyais le sien. Nous nous cherchions sans cesse tout en nous fuyant. Je ne comprenais plus ce qu'il se passait. Quelque chose avait changé dans nos rapports. Mais je ne savais pas quoi. Je nous sentais à la fois plus proches l'un de l'autre, et, comme si nous commencions à comprendre ce qu'il nous arrivait, nous nous repoussions.

Je découvrais de nouvelles choses. Je découvrais une partie de moi qui m'était inconnue jusque-là, ma féminité. C'était certes indispensable à mon épanouissement, et à mon développement d'individu. Mais c'était également dangereux concernant ma formation. Je n'étais pas une jeune fille ordinaire. J'etais apprentie Jedi. Qui-Gon me poussait à me découvrir, mais il connaissait aussi les dangers que je pouvais rencontrer. Lorsqu'il avait passé le cap de l'adolescence, il avait du lui aussi rencontrer les mêmes dilemmes entant que jeune homme. Je me dis alors que l'insistance que je lisais dans le regard de mon maitre était à mettre sur le compte de la sollicitude. Il veillait sur moi dans cette épreuve comme il le faisait depuis qu'il avait pensé à moi comme padawan cinq ans plus tôt. Rassurée sur ce point, je ne pris plus garde à lui, considérant que je devais tirer seule l'enseignement de cette leçon. Nous en discuterions en temps voulu, à n'en pas douter. A ce moment là, et seulement à ce moment là, je ferais le point avec lui.

Le reste de la soirée se déroula fort agréablement. Je pus faire quelques rencontre fort intéressantes. Et durant ces conversations plus ou moins galantes, je ne manquais pas d'aborder le sujet pour lequel j'avais été invité avec Maître Jinn : le soutien humanitaire aux caamasiens, et aux démunis en général. Je plaidais si bien cette cause auprès des jeunes gens que Merine et Laran me firent rencontrer que le président du Mouvement des Jeunes pour la Lutte Contre la Précarité me demanda de venir faire une allocution pour parler du rôle des Jedi au sein de la République, lors de leur prochaine réunion la semaine suivante. C'était un vaste sujet, et j'allais devoir préparer cet exposé en l'axant sur la nécessité de l'entraide entre les peuples dans la galaxie. Je n'avais jamais fait de discours en public. Et je n'étais pas experte en matière de cause humanitaire. Merine me promit de m'aider à le préparer. Nul doute que je m'en sortirais avec brio, m'assura-t-elle.

Ce soir là, c'était pourtant moins ce discours qui me préoccupait que certaines émotions que je ressentais. J'aperçus Maître Jinn en charmante compagnie. Son interlocutrice était à peine plus âgée que moi. Et manifestement, dans ses manières, dans ses minauderies, elle n'était pas insensible aux charmes masculins de mon maitre et ne se gênait de le montrer de façon un peu trop ostentatoire à mon goût. Ce qui commençait à m'agacer c'était surtout l'attitude de Qui-Gon. Il ne la repoussait pas. Au contraire. On aurait même dit qu'il l'encourageait. A quoi jouait-il donc ? Je ne l'avais jamais encore vu se comporter de la sorte. Je croyais rêver ! Qui-Gon Jinn qui jouait les séducteurs ! Un sourire énigmatique et amusé de mon maitre me fit comprendre son stratagème. Jalouse ! Il voulait me rendre jalouse ! Ah ! Il voulait me tester ! Ah ! Il voulait jouer à ça avec moi ! Et bien il allait apprendre lui aussi à me connaître ! Qu'il s'amuse à faire tourner la tête de cette pauvre fille, si cela lui chantait. Moi, j'étais décidée à jouer les indifférentes. Là où je n'étais pas d'accord avec son comportement, c'était qu'il se serve de cette jeune fille pour me donner une leçon. Qu'il m'enseigne, oui, mais pas aux dépends de cette personne, en lui faisant croire qu'il n'était pas insensible à ses charmes, et à ses avances, et qu'elle avait une chance de le séduire, alors que ce n'était pas le cas. Je trouvais qu'il se comportait de manière indigne. Cette fille risquait d'être blessée et de souffrir tout cela parce que mon maitre trouvait amusant de me rendre jalouse.

" Ce que vous faites est indigne de vous, et complètement inutile. " Lui dis-je mentalement. " Vous devriez avoir honte. "

Il ne me répondit pas. Mais quelques minutes plus tard, je le vis éconduire gentiment la jeune femme et quelques secondes plus tard encore, jétais à nouveau dans ses bras sur la piste de danse.

" _Je te sens contrariée, Lusie.
_Absolument pas, Maître.
_Tu sais très bien qu'un padawan ne peut mentir à son maitre. J'ai vu la façon dont tu m'assassinais du regard toute à l'heure. Et j'ai aussi entendu ta désapprobation.
_N'avais-je aucune raison de vous la faire comprendre ?
_Non. Aucune.
_Maître, si un padawan ne peut mentir à son maitre, il en est de même dans l'autre sens. J'ai vu votre manière de répondre aux minauderies de cette jeune femme. Et j'ai jugé que vous alliez trop loin dans la galanterie. Je vous l'ai fait savoir. Il me semble aussi que vous vous êtes rangé à mon avis pour que vous écourtiez votre entretien aussi vite. "
Qui-Gon ne répondit pas et se contenta de laisser échapper un petit rire discret.
" _Et vous trouvez ça drôle.
_Pas du tout.
_Vous savez que vous êtes parfois particulièrement agaçant.
_Tu devrais faire des efforts pour mieux maîtriser tes émotions, ma jeune Padawan.
_Je sais. Mais n'oubliez pas que je ne suis votre élève que depuis trois ans. Si je savais déjà maîtriser tout ce que je dois apprendre, je ne serais plus padawan. Il n'y a pas que les élèves qui doivent être patients. Leurs maîtres doivent l'être également. Ne soyez pas pressé que j'apprenne trop vite. Mon apprentissage serait bâclé.
_Tu sais que toi aussi tu peux être très agaçante ! C'est mon rôle de te faire la morale. Pas le tien.
_Parce que je suppose que vous vous êtes gêné pour faire des remarques à votre propre mentor. Allons, Maître. Je commence à vous connaître.
_Tu n'es qu'une impertinente, Lusie.
_Et oui ! Que voulez-vous ? Les enfants sont souvent très influençables. Et en vous côtoyant ainsi, je ne pouvais que prendre exemple sur vous. N'est ce pas d'ailleurs ce qu'on nous demande, à nous le padawan, de suivre l'exemple de nos maîtres ? Comment croyez-vous que je serais devenue à votre contact ? Avouez aussi que si vous avez autant d'affection pour moi, c'est justement parce que j'ai un caractère franc et bien trempé. Je l'ai toujours été, depuis le jour où Maître Windu est venu me chercher sur Drall. Ce n'est pas maintenant que cela va changer. Je vous soupçonne même de m'avoir choisie comme élève pour cette raison, parce que j'ai du répondant. Ce qui ne veut pas dire que je ne vous respecte pas. "

Qui-Gon se mit à rire et me serra un peu plus fort contre lui tout en m'entraînant sur le rythme envolé de la musique.